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Pourquoi les Etats ne font rien pour arrêter une crise écologique sans précédent ? Pourquoi ce délinquant n’a pas tenu sa langue lors de son interrogatoire avec le commissaire ? Pourquoi trahissons-nous constamment nos proches, même pour jouer ? Ces questions répètent le même scénario : « le dilemme du prisonnier ».

A part ceux qui ont des notions de marketing et quelques délinquants qui s’en sortent mieux que la moyenne, peu de personnes connaissent cette théorie. Pourtant, tout le monde devrait connaitre cette histoire pour mieux s’y préparer, collaborer et en sortir gagnant – gagnant.

 

Le dilemme du prisonnier : beau coup de filet commissaire

L’histoire est simple. Deux personnes sont arrêtées pour un crime qu’elles auraient commis. Le commissaire ne connait pas le coupable. Pour résoudre cette enquête, il va les isoler et les interroger : « Si tu balances ton collègue et qu’il ne t’a pas balancé, tu n’iras pas en prison mais lui ira pendant 10 ans. Si tu ne parles pas et qu’il a parlé, tu iras seul en prison pendant 10 ans. »

Ce qu’il ne dit pas, c’est que si les 2 se dénoncent, ils prendront tous les deux 8 ans.

Et le plus important… si personne ne dit rien, le commissaire manquera de preuves. Ils seront condamnés d’une légère peine de 2 ans de prison chacun.

Le problème du dilemme du prisonnier, c’est le cheminement de la pensée. Il est fort probable qu’ils se disent : « Ai-je assez confiance en l’autre ? Je ne veux pas aller en prison… il doit lui aussi ne pas vouloir s’y rendre. J’ai peur qu’il me trahisse et qu’il me dénonce. Pour éviter d’y aller seul pendant 10 ans, je n’ai pas d’autres choix que de le faire tomber. »

Ça semblait être le meilleur choix mais c’est une énorme erreur en mathématiques. Les gains de la coopération sont bien plus élevés que la trahison. Il faut calculer l’enveloppe globale et non uniquement les gains individuels.

  • Collaboration : 2 ans chacun donc 4 années de prison au total
  • Trahison d’un des deux uniquement : 10 ans pour l’un et 0 pour l’autre donc 10 ans de prison au total
  • Trahison des deux : 8 ans chacun donc 16 années de prison au total

 

2 exemples édifiants sur le dilemme du prisonnier

Très belle histoire me direz-vous, mais en quoi cela s’applique dans la vie de tous les jours ? Ce dilemme s’applique en famille, en entreprise et en politique. Chaque fois que nous sommes en relation avec d’autres, le dilemme du prisonnier peut se mettre en place.

Perdre des millions d’euros

Imaginez 2 entreprises concurrentes. Elles prennent connaissance d’une nouvelle technologie. Il faut investir 50 millions d’euros pour la développer et la commercialiser. Le problème, c’est que le marché est trop petit pour 2 entreprises.

  • Si une seule des 2 entreprises se lance, elle gagnera 80 millions pour un investissement de 50 millions d’euros. Elle aura donc fait un bénéfice de 30 millions d’euros. L’autre entreprise ne gagnera rien.
  • Si les deux se lancent, elles gagneront chacune 40 millions d’euros. Elles investissent 50 millions pour 40 millions de chiffres d’affaires. Le déficit est de – 10 millions d’euros chacune.
  • Si aucune ne se lancent, elles ne gagnent rien et ne perdent rien.

En lisant l’article, on s’imagine que la décision est simple. Il ne faut pas se lancer me direz-vous ? N’oubliez pas de prendre en compte l’appât du gain et la peur de perdre plus que l’autre. Différents ouvrages, au travers de nombreux exemples réels de situations, traitent du sujet du dilemme du prisonnier notamment en entreprise.

Qui des 200 sauvera la planète ?

Quand j’observe l’accélération du dérèglement climatique et le peu de considération des Etats pour cette situation alarmante, j’ai extrêmement peur. Peur ? Oui ! J’ai l’impression que nous assistons à un dilemme du prisonnier géant. Mais cette fois-ci, il n’y a pas 2 prisonniers mais 200 pays. Plus le nombre de participants à ce dilemme est important, plus le risque de trahison est élevé.

Selon moi, le dilemme pour chaque pays est le suivant : « si j’entame seul ou en 1er ma transition écologique, je vais perdre de nombreuses sources de business : plus d’exploitation du pétrole, fin de l’utilisation des minerais rares, perte de revenus au non-usage de la fragmentation pour obtenir du gaz de schiste… Mon pays sera moins productif et je vais perdre en PIB. Je vais reculer face aux autres pays qui ne commenceront pas leur transition énergétique. Moins fort économiquement, je ne serais pas pris aux sérieux par les autres puissances mondiales. Par contre, si d’autres font le choix de lancer cette transition, je deviendrais plus puissant qu’eux. »

Selon vous, pouvons-nous croire en la coopération de 200 pays pour sauver la planète ? Peut-être un jour mais pour le moment, c’est bien trop lent.

L’analyse de ce dilemme géant est très simple et n’est qu’une supposition. Cependant, cela me semble très plausible.

NB : je note que je ne suis pas le seul à partager cette analyse – Le réchauffement climatique : un dilemme du prisonnier aux conséquences catastrophiques par Jean-Paul Maréchal

 

Miroir, miroir, suis-je digne de confiance ?

Personnellement, j’essaye de constamment faire le choix de la coopération. Nous avons beaucoup plus à gagner à travailler ensemble ! De ce fait, j’aime partager mes connaissances et mes compétences à mes amis et mes collègues. Si j’ai le temps pour les accompagner dans le développement de leur projet, je le ferais. Je pars du principe que si cela peut lui être bénéfique, ça l’est pour moi également. Un jour, j’aurais besoin d’aide et peut-être, cette personne sera là pour moi.

Cependant, doutez-vous de cet aveu ? Pensez-vous réellement que vous pouvez me faire confiance ?

Ma théorie, c’est que ce jugement négatif que nous portons à l’autre, c’est davantage un aveu de faiblesse. Nous ne sommes pas digne de confiance. Nous souhaitons tellement gagner que nous imaginons que la personne en face de nous va nous trahir. Sauf qu’en écrivant ces quelques lignes, je répète le scénario chaotique du dilemme du prisonnier : je doute de votre confiance.

Comment allons-nous réussir à sortir tous ensembles gagnants du dilemme du prisonnier ? Pouvons-nous vraiment le faire ?